La Bourse du Travail
Un peu d'histoire...

"La Halle est édifiée en 1837 par l'architecte Portret en pierre d'Etrochey.
Ses façades orientale et occidentale sont animées par les voûtes en plein cintre des baies et des entrées. La toiture en zinc comprend une partie formant un lanterneau qui permet d'éclairer le premier étage. La charpente en bois originelle est remplacée en 1932 par une charpente métallique.
La Halle aux tissus possède un pendant dans la halle aux grains, proche de la Préfecture. Avec le déclin de la toilerie, sa dénomination change et elle devient Halle à la Bonneterie.
Ce nouveau bâtiment affirme la place prééminente de Troyes dans cette industrie: l'essai de halle concurrente à Romilly-sur-Seine, voulu par Gornet-Boivin en 1863, est d'ailleurs un échec. Les artisans et façonniers de la bonneterie y livrent leur production hebdomadaire aux négociants. Ils disposent de 65 comptoirs dans 16 salles au rez-de-chaussée - autour de la salle des pas perdus- et 4 salles à l'entresol.
Le passage de la bonneterie dans sa phase industrielle fait lentement décliner l'activité de la halle. Les négociants ne peuvent plus rivaliser avec les firmes industrielles qui possèdent des services de commercialisation directe et contrôlent les travailleurs à domicile. Les 109 fabricants de 1859 ne sont plus que 24 en 1904.
La halle devient Bourse du travail en 1905.
En 1932, le premier étage est doté d'une salle des fêtes destinée à l'organisation de banquets, meetings, expositions… "

Jean-Louis Humbert

 


Place Jean-Jaurès au début du siècle

Le projet

La Bourse du Travail fait aujourd'hui l'objet d'un projet de réhabilitation en pôle commercial dans le but de créer une nouvelle entrée de ville et d'attirer les passants dans ce quartier délaissé, situé à l'extrémité de la rue Emile Zola, à l'opposé de la place de la Libération.

Pour ce faire, la Ville de Troyes a fait appel à un groupe d'architecture, Altaréa, dirigé par l'architecte Reichen.
Le projet va au-delà d'une simple réutilisation du bâtiment de la Bourse, il s'agit d'aménager un espace commercial passant et accueillant, en y adjoignant un nouveau bâtiment d'architecture contemporaine.
Ce nouveau bâtiment se situera à l'emplacement de l'actuel édifice des Soeurs de la Providence ( racheté aujourd'hui par la Ville) qui sera détruit entièrement. En effet, le rapport financier nécessite la démolition de ce bâtiment qui serait trop onéreux à restaurer.
Le projet consiste aujourd'hui à proposer un espace commercial en sous-sol et en rez-de-chaussée et des appartements avec terrasse au premier étage. La hauteur du nouvel édifice sera proche de celle de la Bourse afin de créer une harmonie dans l'environnement.

La Ville de Troyes en profitera pour réaménager les abords de l'église Saint Nicolas et entamer une restauration des extérieurs.

En ce qui concerne la Bourse du Travail, son aspect sera conservé et les ouvertures respectées : elles seront évidées et une gallerie de circulation ouverte sur trois travées traversera le bâtiment.
Toute la difficulté de ce projet d'aménagement réside dans le respect de la mémoire de ce lieu emblématique pour les troyens. C'est pourquoi la Ville de Troyes a constitué une commission du souvenir de la mémoire de la Bourse afin de respecter l'histoire de ce lieu dont JL.Humbert et E.Jonquet font partie.

Actualité

Le projet architectural n'est pas encore défini et la SAT surveille l'évolution de ce projet afin qu'il soit respectueux du bâti existant et de l'environnement dans lequel il se trouve. Le problème de l'aménagement urbain en centre ville est toujours délicat...

L'ancien bâtiment des soeurs de la Providence est aujourd'hui complètement démoli et laisse place à un point de vue exceptionnel sur l'église Saint Nicolas.

Mardi 3 avril : présentation à la SAT du dossier préliminaire au permis de construire
A la demande de l'association, le groupe Altaréa maître d'ouvrage du projet à vocation commerciale qui va s'implanter autour de la Bourse nous a invités à prendre connaissance du projet à l'aide d'une projection et d'une maquette.
Outre le président du groupe Altaréa et l'architecte Jacques Lissarrague du cabinet Reichen en charge du projet architectural, étaient présents la directrice de cabinet de F.Baroin, S.Chemla, l'adjoint au maire chargé de l'aménagement de la cité, D.Boisseau ainsi que le directeur général de la ville de Troyes, M.Benedetti accompagné des services de la Ville : le directeur du pôle développement, J.Marie et la directrice du Secteur Sauvegardé, N.Audonnet. C'est dire l'importance que revêtait pour nous cette réunion.

La Bourse du travail restaurée dans le respect de l'identité du bâti
C'est une belle valorisation de la Bourse du travail qui nous a été présentée. En effet, le bâtiment conservera son escalier en pierre monumental, ses piliers qui lui donnent un caractère si particulier avec la récupération et restitution du dallage existant et quant aux belles portes monumentales en bois elles seront elles aussi restaurées dans les règles de l'art… L'esprit de cette halle reste et c'est tant mieux.

Le groupe Altaréa a abandonné l'idée de faire des logements à l'étage ainsi qu'un sous-sol qui aurait condamné les piles du rez-de-chaussée. Ces colonnes seront d'ailleurs utilisées pour raconter de manière ludique l'histoire à trois volets de cette halle qui, comme l'a souligné notre association dans le cadre du comité de pilotage pour la mémoire de la Bourse, a joué le rôle historique de halle à la Bonneterie, syndical avec la Bourse du travail et social avec ses multiples fonctions culturelles et associatives.

« Cette réhabilitation du bâtiment va être le point d'orgue de la requalification de la place Jean Jaurès et la perspective sur la rue Emile Zola n'en sera que plus belle » a fait remarquer D.Boisseau.

Il n'y a pas que l'œil qui va être attiré par le « passage Saint Nicolas » car les piétons pourront passer à travers l'ancienne Bourse grâce à l'ouverture de trois arcades (cf Billet n°). Ce passage sera ponctué par des boutiques au rez-de-chaussée ainsi qu'à l'étage du bâtiment.

Le piéton sera naturellement dirigé vers le nouveau bâtiment contemporain à l'emplacement laissé par la destruction de l'ancien bâtiment des sœurs de la Providence.

La SAT se félicite du travail qui va être accompli sur ce monument si cher aux troyens pour lui redonner toute la place qu'il mérite.

Le nouveau bâtiment commercial : dit « la Géode »
Pour ce bâtiment d'architecture résolument contemporaine les partis pris ont été très bien expliqués par l'architecte du cabinet Reichen.
Tout d'abord, la façade en alignement du boulevard Victor Hugo  traitée sous forme de muraille en grosses briques épaisses évoquera les remparts de la vieille ville troyenne. Une grande ouverture vitrée permet d'alléger la façade et de créer des transparences.
Le jeu brique (côté Bd Victor Hugo) et pierre (côté Bourse) en allusion à l'appareillage champenois nous a paru intéressante tout comme celui des ouvertures sous forme de meurtrières.
Ensuite la façade donnant sur le cheminement piéton imaginé entre l'église Saint Nicolas et ce bâtiment contemporain est complètement vitrée avec un auvent qui viendra abriter les passants sur toute la longueur de cette voie nouvelle et surtout permettra de retrouver le rythme de la trame viaire du quartier. Quant au sol il sera traité en pierre d'Etrochey comme la place Jean Jaurès.

Enfin entre la Bourse et la « Géode », une placette vient ouvrir une perspective sur l'église et créer un espace plus aéré.
Le parti pris architectural est de faire un bâtiment contemporain qui s'efface derrière l'espace urbain. C'est le piéton qui reprend possession de ces lieux qui vont, comme l'a souligné D. Boisseau, maire adjoint chargé de l'aménagement de la cité, « étirer l'élastique des ballades commerciales de la rue Emile Zola jusqu'au Boulevard Victor Hugo ».

Une des originalités du projet est la forme aléatoire de la «  Géode » calquée sur le tissu chaotique et vernaculaire du site. Les architectes ont en effet privilégié de travailler les extérieurs avant de définir les intérieurs. Une démarche inhabituelle et très pertinente qui permet de redéfinir des espaces urbains à l'échelle de la ville ancienne. L'autre originalité est la toiture végétalisée qui outre sa vertu esthétique - cette « prairie de graminées » nécessite très peu d'entretien et est amenée à évoluer avec les saisons - offre le double avantage de servir d'isolant thermique et phonique dans une perspective écologique. Le groupe Altaréa a insisté sur sa démarche développement durable en faisant de cette opération une opération « pilote » dans le cadre d'un contrat qui stipule le respect des normes HQE.

Ce projet n'a pas laissé indifférents les administrateurs de la SAT : certains ont été séduits tandis que d'autres ont été déçus de constater que le cône de vision sur le passage de la Bourse dégagé par les travaux aujourd'hui soit barré par le futur bâtiment contemporain.

La Ville de Troyes a fait de réels efforts de communication sur ce projet mais on aimerait encore aller plus loin dans la concertation.

Les associations peuvent apporter beaucoup à l'élaboration des projets lorsqu'elles sont consultées en phase d'étude. Nous pouvons être des forces de proposition et l'association revendique d'être un partenaire à part entière pour la Ville.



Projet d'aménagement du site


Press' Troyes, fév. 2006, n°143